LUX AETERNA


Une page se tourne. Je signe ici la fin d'un été qui aura eu plus de sens et d'intensité que ce dont je n'aurais pu imaginer. Déçu, voilà le maître-mot qui définit finalement cet état d'esprit. Déception réciproque. Au revoir chère amitié. Au revoir passé. Au revoir cher blog. Au revoir cher ami.

Au fond, c'est mieux ainsi, refermer les plaies en les noyant, faire table rase du passé.

La lumière la plus éternelle finit toujours par s'éteindre dans nos coeurs.

# Posté le dimanche 19 novembre 2006 17:22

nouvelle(s)

Re bonjour à tous ceux qui passeront par là; ceux qui le font de temps en temps, ceux qui reviennent constatant qu'il y a à nouveau de la vie, ceux qui tombent ici par hasard et les autres.

Je profite de cet article pour vous annoncer la diffusion d'une petite nouvelle fort sympathique d'une vieille amie aseptisée à souhait (l'amie pas la nouvelle). Prennez le temps de la lire car elle en vaut la peine, que vous appréciez ou non.
Qu'on aime ou pas, elle ne laisse pas indifférent, alors n'hésitez pas à donner votre avis!
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# Posté le dimanche 13 janvier 2008 16:12

Part 1



Il était bien tard lorsque son histoire débuta. La plume déborda de l'encrier. Il envisagea un scénario des plus grotesques, de ceux qu'on crée sans en prendre la pleine mesure, c'est-à-dire, sans entrer dedans en se posant comme principal protagoniste. Au fil des pages se dessinait une trame originale. Il s'agissait d'un écrivain un peu fou, ou bien d'un fou un peu écrivain.



Valse première


Une voix retentissante dans ma tête résonne sans cesse, me posant d'internes et étranges questions.
« Commençons par le début monsieur M., dites nous comment votre vie a basculé. »

Mes petits yeux qui s'ouvraient alors frôlaient un vent glacial. Les neuf mois passés au chaud m'avaient semblé les plus merveilleux mais aussi les plus longs de mon existence. Après cette période prénatale, un drôle de brouillard m'obscurcit les pensées et ne me permet pas de distinguer clairement les évènements, les lieux, les personnes. Je sais que je suis bel-et-bien là mais au-delà de cette certitude, plus rien ne m'est recevable. Ma vie peut sembler simple pour certains, complexe pour d'autres, mais elle n'a rien d'incompréhensible, elle attachée à une figure, celle de Dame Marianne.
Les années passent bien vite vous savez. Elles m'entrainent bien plus tard, une vingtaine d'années je crois.


«Bien, et quelles sont vos impressions actuellement ? Quels sentiments éprouvez-vous ? Quel en est le contexte ? »


Je danse. Je sais danser la valse. Je l'ai toujours su. Ma valse est un tourbillon d'images tantôt tristes et tantôt joyeuses, tantôt violentes et tantôt douces, tantôt poétiques et tantôt romanesques. Le mouvement circulaire sans fin qui les emporte me laisse envisager leur perte qui, j'en suis persuadé, arrivera tôt ou tard. D'ailleurs, tout est déjà en route. La marche amnésique avance sans que l'on puisse la stopper ? Ma valse s'effaçant, je m'efforce de la faire subsister en l'invoquant régulièrement. Ma valse laisse ébaucher une première image, celle d'un jongleur au nez rouge.
Je rencontre, au détour d'une promenade, un petit cirque aux couleurs attrayantes. Devant l'entrée du chapiteau est posté un jongleur qui agite ses mains de façon à envoyer cinq balles dans les airs. Semblable à cette image que l'on a fréquemment des jongleurs, il est tout vêtu de noir, le pantalon ample, les chaussures étincelantes de cirage, la chemise moulante aux boutons blancs. Son visage maquillé de blanc met clairement en avant ses lèvres rouges et ses yeux bruns. Sur sa tête est posé le chapeau classique, celui qui donne le prestige aux hommes, qui leur confère étrangement une autorité qu'ils perdent sitôt les voilà décoiffés. Peut-être est-ce pour cacher les calvities que les hommes respectables portent des chapeaux même s'il faut bien admettre que l'importance du chapeau dans notre société s'est quelque peu dégradé de nos jours. A sa droite est posée une bouteille d'eau-de-vie qui me semble bien vide. En apercevant mon arrivée, il entreprend une conversation avec moi. Sans attendre mes réponses, il m'explique qu'il est jongleur de profession mais que son métier est ancien et qu'il puise dans les racines de cet art centenaire pour en extraire le sens premier. Toujours dans son monologue, l'artiste m'explique qu'au Moyen-âge, les jongleurs étaient aussi des poètes qui récitaient des récits et des poésies. L'artiste se confondait alors avec l'intellectuel en transmettant son histoire en langue vulgaire. Après ce bref exposé, le jongleur sort de sa poche un nez rouge et le pose sur son visage. « Me voilà un autre à présent. Je ne suis ni totalement jongleur, ni totalement clown, ni totalement comique, ni totalement tragique ». L'homme a cette capacité foudroyante de se déguiser pour éviter d'être réellement démasqué. Une analyse anthropologique voire psychanalytique permettrait sans doute d'en comprendre le comment du pourquoi, ce dont je suis bien entendu incapable d'entreprendre, ni même d'envisager ! Quoi qu'il en soit, mon jongleur se donne à c½ur joie à la versification d'une grande partie de son récit, me justifiant ainsi son intérêt pour son retour à la tradition médiévale de la jonglerie. Le sens premier me parvient aisément sans que pour autant je puisse intervenir d'une quelconque façon dans le monologue que l'artiste poursuit. Celui-ci m'explique qu'il n'est que le reflet de l'homme et non pas de l'artiste. Cet homme qui n'a de cesse de jongler avec les attributs que la vie lui offre, cet homme qui passe d'une balle à l'autre dans un sempiternel refrain, cet homme savant qui s'exprime sans qu'on l'y invite, cet homme dans toute sa beauté et sa décadence. Le jongleur clownesque s'arrête soudain dans son mouvement rotatif, cesse de parler, envisage un court instant de silence puis m'invite à entrer dans son chapiteau pour mieux percevoir son métier, pour mieux l'apprécier et l'aimer tout en me proposant de boire à sa bouteille, pour avoir, moi aussi, un peu de nez rouge !



Brouillard grisonnant qui me fait valser dans l'air en me présentant un malstrom de couleurs. Je perçois à l'intérieur du cirque une femme siamoise qui, surprise, me dévisage. A côté d'elle se trouvent deux trapézistes qui s'essayent à leur nouveau numéro. Le plus jeune me montre du doigt la dompteuse agitant son fouet. Une partie de mon cirque est là, bien représenté par tous ces personnages que je croise. Je ressors et vois mon jongleur pour qui je commence à éprouver de la compassion. Je le regarde avec une lueur d'admiration quand la valse reprend son travail et me renvoie au milieu du néant. Il n'y pas pire endroit que le néant. Vous pouvez être partout, vous aurez toujours la certitude d'être quelque part. Qui n'a jamais perdu son chemin en se disant qu'il est perdu au milieu de nulle part ? On a tort, car si on est bien perdu, c'est au milieu de quelque part, voire de partout, et non pas de nulle part ! Or le néant est précisément un endroit entouré de rien. Mais encore faut-il signifier ce rien. L'homme sédentarisé s'est fixé un point d'attache en accordant un lieu défini comme étant le sien, comme étant son point de départ. Si l'on déboussole cet homme en le détachant de tout repère spatial par rapport à ce point de départ, cet homme perd la capacité physique de se repérer. Or un brouillard dans lequel on est soudainement projeté, c'est précisément cela, une perte totale de repère suivie d'une angoisse terrible. Décrire un tel néant semblerait impossible si l'on envisage que la perte de repère ne permet pas de comparaison possible. Car c'est bien la capacité de comparaison qui permet d'établir une description pointue. Et pourtant je n'ai jamais été sédentarisé, je n'ai cesse d'établir des comparaisons entre les différents brouillards dans lesquels je vogue. C'est pourquoi je peux décrire celui-ci comme tout à fait authentique. Car ce brouillard ne ressemble à aucun autre. Il n'est ni gris, ni opaque. Il n'est ni triste, ni infini. Il n'a aucun critère tragique qu'on prête communément aux brouillards romanesques ou filmographiques. Ce brouillard est éblouissant à souhait. Il est tantôt jaune, bleu, rouge ou vert. Il est cloisonné, sec et souriant. Il inspire le calme et la sérénité. Pourtant il est très déstabilisateur et m'emporte d'un coup ailleurs, loin de mon cirque et de mon jongleur auquel je ressemble tant.



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# Posté le dimanche 13 janvier 2008 16:14

Part 2

Valse deuxième


Du jaune, du soleil. Ma valse me fait valdinguer dans l'espace dans un tourbillon lumineux. A la lisière d'une forêt, ma valse me dépose. Le soleil me caresse la peau. J'aperçois une rivière. Les réminiscences se succèdent dans mon encéphale. La chaleur pose sur moi un intense voile ardent. Mon corps s'enflamme de l'extérieur pour pénétrer profondément mes organes, jouant avec mon c½ur une chamade endiablée, ravageant mes nerfs piqués à vif et embrasant mon estomac. Tout mon corps commence à bouillir de l'intérieur à présent. L'impact de l'astre sur moi se fait sentir tant à l'extérieur qu'à l'intérieur de mon enveloppe charnelle. Je suis devenu un brasier vivant, une torche humaine quand mon tortionnaire m'achève d'un coup frontal, m'envoyant non pas chez lui, dans le soleil, mais dans la lune. Mes yeux s'ouvrent quelques courts instants après cet embrasement. Ils me rendent compte de la rivière qui n'est qu'un ruisseau et de la forêt qui n'est qu'un regroupement d'une dizaine d'arbres. J'avance doucement vers je ne sais où, et ne sachant pas pourquoi. Mes pas me guident vers un long vêtement blanc déroulé à terre, s'en suit le corps dénudé de la jeune fille qui le portait. La scène me laisse envisager l'image d'un tableau peint d'une infime précision, établissant la parfaite description de l'amante à laquelle on a tranché la gorge. La fille a une peau d'une pâleur à en faire frémir un revenant. La chair fraîche. Elle a cet aspect qu'ont les viandes que l'on achète chez le boucher. La peau a l'air bien tendre, son corps est encore intact si on excepte sa gorge grande ouverte et dont le sang a fini par sécher. La gueule noyée dans le ruisseau, elle laisse ses cheveux d'or flotter au gré de l'eau. Le peintre que je suis conceptualise son égorgée en l'une des prostituées assassinées par Jack l'Éventreur. Elle se confondrait bien avec Mary Jane Kelly, la seule catin à qui l'assassin a ôté le c½ur, sans que celui-ci ne soit jamais retrouvé. Il y a en ce meurtre sanglant un aspect romanesque voire romantique. En effet, l'acharnement sur cette pauvre fille passe au second plan, ce qui surprend surtout, c'est le vol de son c½ur, la partie la plus pure a priori de son être. La prostituée offre son corps mais donne rarement son amour. Le meurtrier a eu, chose rare, les deux. On dit que le meilleur moyen de connaître intimement une personne est soit de coucher avec, soit de la tuer. Le serial killer de Whitechapel a, semble-t-il, eu les deux. Le peintre que je suis est un artiste accompli. Ma modestie ne me blâmera pas puisqu'elle doit admettre l'inévitable réalité des faits. Je reproduis à merveille la scène, à la manière de Géricault lorsqu'il peint le Radeau de la Méduse, je me sers d'un véritable cadavre qui gît là, étendu comme une noyée. La verdure alentour colore le décor d'un vert acariâtre suggérant le corps décrépi de la belle dormant au bois. En clignant de l'½il, il me semble que son corps n'est pas tout à fait endormi, les flux et reflux de l'eau le font sortir de sa sempiternelle torpeur. Pourtant la belle est bien morte, j'en sais quelque chose puisque ce sont mes mains qui ont eu raison de son existence. Elle n'avait de nom que celui que je voulais bien lui donner. Je l'aimais tendrement comme on aime déguster le premier carreau de chocolat d'une tablette. On le savoure lentement avant de l'anéantir dans ses crocs. Ma Mary Jane avait été d'une délicatesse semblable à du chocolat au lait. Sa peau était douce comme le chocolat blanc. Sa personnalité tranchée correspondait à la saveur du chocolat noir. Trois en un ! Mais le quotidien du couple l'a rendu morne et fastidieuse. Car c'est bien ce qu'elle était, fastidieuse. Non pas simplement ennuyeuse ou besogneuse, mais fastidieuse. Capacité rare ! D'autant plus intéressant qu'elle se rendait incompatible avec mon enthousiasme débordant. Je lui demandais de noter scrupuleusement la moindre idée me parvenant à l'esprit. J'avais à l'époque encore cette utopie de devenir écrivain. J'envisageais presque chaque jour un autre livre. Ma rigueur quotidienne et ma minutie auraient eu de quoi impressionner Émile Zola ! Ma vie quotidienne était une source intarissable d'idées toutes plus géniales les unes que les autres, il me manquait simplement de quoi les remettre en ordre. J'avais décidé que ma Mary Jane serait ce calepin. Je ne lui demandais rien de plus, pas même de m'aimer. Qu'avait-elle à me réclamer de l'amour en retour ? Mon livre ayant été achevé, j'avais décidé de l'emmener où tout avait commencé, dans un décor simpliste. Une lisière de forêt, une rivière, un soleil ardent. Prenant son courage à deux mains, ma moitié se résolut à ne pas en découdre facilement avec l'avenir que j'avais bâti pour elle. Son voile blanc se détachait de sa chair tendre. Elle entreprit alors sa propre chute. Après avoir aiguisé ma lame sur sa gorge, je faisais basculer sa tête en arrière pour être bercée par le courant de l'eau. Je la laissais pour morte.
Brouillard grisonnant. Je valse à nouveau dans l'air sans que rien ne puisse me retenir à mon tableau. Peut-être est-ce parce que l'artiste a achevé son ½uvre. J'hallucine des images violentes qui se succèdent dans un tourbillon brumeux. Je pose lourdement mon corps dans cette cuisine qui m'a vue naître.
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# Posté le dimanche 13 janvier 2008 16:15

Part 3

Valse troisième


Habituellement, les gens voient le jour dans des hôpitaux. Leur génitrice bénéficie de tout le soutien, notamment professionnel, que l'assistanat hospitalier peut leur offrir. Les sages-femmes sont prêtes, parées au combat, pour brailler des traumatisants « poussez!! » ou « soufflez bien!! ». Autrefois, c'était les femmes qui avaient eu des enfants qui venaient assister les futures mères. A présent, il s'agit de professionnelles de l'accouchement. Non pas que je méprise ces gens-là, je trouve ridicule d'aider le bébé à sortir alors que son seul souhait est de rester au chaud. Ma mère quant à elle, éprouvait un immense mépris envers la profession. Je n'ai jamais su pourquoi mais en revanche j'ai pu en subir les conséquences : Je suis né dans la cuisine de la maison familiale. Dès mon arrivée, j'ai su que je voulais repartir. Mon père qui m'a entendu crier, a alors évoqué le même souhait que moi.
J'ai treize ans et je suis toujours dans cette cuisine qui m'a vu naître. Ma profession est celle d'adolescent. Et quelle profession ! Un travail à plein temps. Alors qu'au loin les revendications syndicales évoquent des semaines de 35 heures, moi je ris à pleins poumons du haut de mes 116 heures de travail hebdomadaires. Mais depuis quelques jours, ma besogne est moins pénible puisqu'elle s'accompagne de la douceur d'une inconnue de mon âge. Je l'appelais Marie-Madelaine, allusion biblique oblige. Elle avait toujours eu ce nom pour moi, et peu m'importait que ce n'ait pas été sa réelle identité. Elle était ma Marie-Madelaine puisque je la voulais ainsi. Pour la première fois de ma longue période de vie sur cette planète, j'éprouvais un semblant d'affection pour un être de chair et d'os. Il faut admettre que son physique n'avait rien pour déplaire. Elle correspondait parfaitement aux exigences de beauté du XVIIIème siècle. Pour peu que ses parents eussent un domaine, je l'aurais envisagé noble. J'avais longuement examiné les similitudes qui la rapprochaient de la Marie-Madeleine du Titien. Il ne fait nul doute que le nom que je lui avais offert lui correspondait à ravir. Sa chevelure tombait via ses épaules, sur son dos. Malgré les ressemblances, ma Marie-Madeleine n'apparaissait pas aussi tourmentée que celle du peintre du XVIème siècle. Certes la peau était laiteuse, ses joues rondes, les hanches bien remplies, ma jeune fille était d'une simplicité effarante. C'en était presque insultant envers une personne aussi complexe que moi. Néanmoins, elle fut une bonne partenaire de jeu. Nous avons passé en tout et pour tout deux ans ensemble. Mes parents invitaient régulièrement Marie-Madeleine à déjeuner. Sans doute ceux-ci envisageaient-ils une probable union entre elle et moi. Malgré toute la sympathie voire l'amour que j'éprouvais pour elle, je ne pouvais me résoudre à passer le restant de mes jours aux côtés d'une sotte. Au fil des mois, l'insistance parentale nous rapprochait de plus en plus, si bien qu'un jour, mes géniteurs entreprirent de l'inviter à dormir chez moi. Ils n'avaient pas ménagé leurs efforts puisqu'un matelas fût installé dans ma chambre pour y recevoir mon amie. Nous jouions souvent à des jeux d'enfants tels que le gendarme et le voleur, le chirurgien et la patiente, etc....
Marie-Madeleine, qui gît à mes pieds, et moi, sommes dans la cuisine.
La nuit était tombée, mes parents dormaient dans leur chambre. Notre première nuit ensemble ne pouvait pas s'achever par un simple sommeil, il fallait que le somme ne soit pas qu'éphémère. J'ai invité ma Marie-Madeleine à partager notre première nuit ensemble dans la cuisine, de telle sorte qu'elle découvre parfaitement mon lieu de naissance. Le jeu du jour était le policier et l'assassin. Malheureusement, le seul rôle que je pouvais lui octroyer était celui de la victime, les deux autres m'étant réservés. Pour elle, ce serait un banal second rôle donc. Le jeu était d'un réalisme à couper le souffle. Les plus grands réalisateurs n'auraient jamais pu reproduire aussi fidèlement la scène. Je commençais par jouer l'assassin qui tue dans sa cuisine la victime. Pour peu qu'elle eut une identité, la victime n'avait d'autre fonction que celle de victime. Après tout, elle n'était qu'un prétexte ! Elle aurait tout autant pu être l'assassinée, la morte, la tuée, les synonymes n'auraient rien changé.
A cette époque-là, je ne savais pas comment tuer à coups de couteau. La poitrine me parut être l'endroit idéal pour frapper. Ma Marie-Madeleine s'effondra spontanément.
Je suis dans la cuisine avec un cadavre à mes pieds. La victime s'appelle Marie-Madeleine. Cette pièce avait été le lieu de ma naissance et celle de la mort de la personne que j'aimais le plus. Le policier arriva très rapidement mais lorsqu'il découvrit le meurtre, l'assassin était déjà en fuite. Mon premier amour fut donc souillé avant même que je ne l'éprouve réellement.
Brouillard grisonnant. Ma valse reprend du poil de la bête, le rythme qui s'était ralenti pendant quelques instants, reprend de plus belle, entraînant le danseur que je suis dans une sorte de frénésie gestuelle. Mes pas s'enchaînent sans que je puisse intervenir. Est-ce le diable valsant qui a pris les commandes de mon corps ? Je navigue dans l'espace et dans le temps, comme si les forces internes qui m'animent m'avaient dépassé. Le brouhaha emplit mes tympans, puis un cri strident finit par les achever. Quoique... Mes oreilles sont toujours réceptives aux sons tout compte fait.





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# Posté le dimanche 13 janvier 2008 16:16